Le bouquin de l’hiver

 

Pour occuper les longues soirées d’hiver au coin du feu, Liège & Basketball vous propose la lecture, en découpage, d’un ouvrage de référence sur la Dream Team de Barcelone. C’est avec cette équipe incroyable que la popularité du basket et de la NBA a explosé au début des années 90. Le livre « Dream Team » écrit par Jack McCallum, éminente plume d’ESPN, nous plonge au coeur de cette équipe légendaire et de cette formidable épopée qui fête cette année ses 25 ans. Bonne lecture.

 

PORTRAITS SUCCINCTS

BARKLEY, Charles, ailier, 1,93 m ; commentateur sur TNT (1) dont le nom n’a cessé de grandir en popularité de manière exponentielle depuis qu’il a pris sa retraite des terrains ; continue courageusement de participer à des tournois de golf de célébrités malgré un swing absolument désastreux ; meilleur marqueur de la « Dream Team », connu à Barcelone pour ses virées sur les Ramblas et pour avoir donné un coup de coude à un Angolais.

BIRD, Larry, ailier, 2,06 m ; au moment où j’écris ces lignes, il est toujours general manager des Indiana Pacers mais dans l’attente de jours meilleurs ; limité à Barcelone par des problèmes de dos qui l’ont conduit à se retirer après les Jeux olympiques ; a entretenu une amitié improbable avec Patrick Ewing au sein de la « Dream Team » ; a défié Chris Mullin dans un H.O.R.S.E. (2) de légende.

DREXLER, Clyde, arrière, 2,01 m ; hommes d’affaires, golfeur, ancien participant à « Danse avec les stars » ; souhaite devenir coach de NBA ; heureux d’avoir été membre de la « Dream Team » mais mécontent d’avoir été sélectionné tardivement ; on se rappelle qu’il a un jour porté deux chaussures gauches à l’entraînement et a tout de même essayé de s’en tirer ; ne croit pas que Michael Jordan était meilleur que lui.

EWING, Patrick, pivot, 2,13 m ; coach assistant au Orlando Magic au moment où j’écris ces lignes, malheureux de ne pouvoir obtenir d’entretien pour postuler en tant que head coach ; beaucoup plus populaire auprès de ses coéquipiers « dreamers » qu’avec la presse ; c’est « Harry », la « moitié » de Harry and Larry (3).

JOHNSON, Earvin, meneur, 2,06 m ; figure de proue de Magic Johnson Enterprises, a réussi son vœu premier de devenir un acteur de premier plan dans le monde des affaires ; a parfois agacé ses collègues « dreamers » avec son attitude « C’est-mon-équipe » mais a contribué à faire changer le regard de millions de personnes sur le VIH et le SIDA ; au moment où j’écris ces lignes, il est prévu qu’il soit immortalisé sur Broadway, en compagnie de Bird, dans une pièce sur l’importance de leur œuvre en NBA.

JORDAN, Michael, arrière, 1,98 m ; propriétaire des Charlotte Hornets ; essaie de rattraper son expérience ratée aux Washington Wizards ; a chambré un Magic furieux avec le slogan publicitaire « Be like Mike » après une victoire mémorable lors d’un match d’entraînement ; reconnu par tous les « Dreamers » comme le mâle alpha de l’équipe et comme le plus grand basketteur de tous les temps, suivi immédiatement de très près par Magic et de très loin par Drexler.

LAETTNER, Christian, ailier, 2,11 m ; son agence BD Ventures, en cogestion avec son ancien coéquipier de Duke Brian Davis, a connu des problèmes de trésorerie ; au moment où j’écris ces lignes, il souhaite intégrer le coaching ; semble déterminé à faire changer son image d’enfant gâté ; a gagné sa place dans la « Dream Team » grâce à son statut de joueur universitaire immortel.

MALONE, Karl, ailier, 2,06 m ; grand collectionneur de gros matches qui veut revenir d’une manière ou d’une autre en NBA ; son éthique de travail a été une source d’inspiration pour d’autres membres de la « Dream Team » ; les gamineries du rapport de forces entre Jordan et Magic aux entraînements l’ont sérieusement agacé.

MULLIN, Chris, meneur/ailier, 1,98 m ; brillant commentateur pour ESPN mais pourrait avoir une seconde chance en tant que dirigeant après son échec à Golden State ; son excellent pourcentage aux tirs à Barcelone (61% dont près de 54% à 3 points) a justifié sa sélection auprès des sceptiques et l’aval qu’il a reçu de l’équipe a conforté les bienfaits qu’il pouvait lui apporter par sa sobriété.

PIPPEN, Scottie, meneur/ailier, 2,03 m ; a eu de sérieux problèmes d’argent , cependant, il est toujours resté présent aux yeux du public grâce à ses piges en tant que consultant et grâce aux apparitions de sa femme dans un reality show ; a avancé que LeBron James était meilleur que Jordan puis s’est rétracté… en quelque sorte ; a montré qu’il appartenait à la « Dream Team » grâce à sa polyvalence de classe mondiale.

ROBINSON, David, pivot, 2,16 m ; dirige une école privée à San Antonio appelée Carver Academy ; ses activités religieuses sont le moteur de sa vie ; plutôt à l’écart des autres membres de la « Dream Team » mais unanimement respecté ; a fait un duo à Barcelone avec l’un des frères Marsalis.

STOCKTON, John, meneur, 1,85 m ; chauffeur à plein temps de sa famille à Spokane, sa ville natale, et il ne pourrait pas être plus heureux ; a entraîné la meneuse Courtney Vandersloot à l’université Gonzaga ; une jambe cassée a limité son temps de jeu dans la « Dream Team ».

DALY, Chuck, coach ; est mort d’un cancer en 2009 ; s’était promis de ne jamais prendre de temps mort à Barcelone et n’en a jamais pris ; tout le monde l’adorait, il manque à tous.

 

La nba des eighties et des nineties.

 

INTRODUCTION

« T’as une vidéo ? me demande Jordan. De ce match ? Tout le monde me parle de ce match, me dit-il. C’est le plus fou que j’aie jamais disputé sur un terrain de basket. »

Le fait que nous fassions référence ici à un match d’entraînement interne joué à Monaco avant les Jeux olympiques de 1992, et non à un match officiel, reflète bien la légende persistante de la « Dream Team », sans conteste l’équipe la plus dominante qui ait jamais existé dans n’importe quel sport. Cet été-là, il y a vingt ans, les États-Unis ont disputé 14 matches – 6 dans le tournoi préolympique qualificatif et 8 pour la conquête de la médaille d’or à Barcelone – et l’équipe la plus accrocheuse a été l’excellente formation de Croatie, qui a perdu la finale de 32 points. Les comparaisons statistiques habituelles sont tout bonnement hors de propos concernant la « Dream Team », leurs membres ne pouvant être évalués que lorsqu’ils se défiaient les uns les autres.

Une vidéo de ce match est le Saint Graal du basket ; et un compte-rendu en est donné ici au chapitre 28.

C’est une véritable tempête qui s’est abattue sur Barcelone en cet été de la « Dream Team ». Tous les ingrédients étaient réunis. Les membres de l’équipe étaient presque exclusivement des vétérans de NBA au sommet de leur gloire. Le monde entier, qui ne s’était vu offrir que des aperçus de matches NBA, les attendait, car à Barcelone se déroulaient les premiers Jeux dans lesquels des basketteurs pros étaient autorisés à concourir. Ils étaient des représentants, sous la bannière étoilée, d’un pays qui avait toujours une position dominante dans le monde.

Le scénario n’aurait pu être mieux écrit. Et quand les « Dreamers » ont finalement délivré leur puissance dans un effort collectif, le show a été bien meilleur que ce à quoi tout le monde s’attendait… et tout le monde pensait que cela allait être grandiose. Il y avait eu Johnny Cash à la prison de Folsom, les Allman Brothers à Fillmore East, Santana à Woodstock. « Si cela avait lieu aujourd’hui, me confia Larry Bird, cela serait l’un de ces reality shows. »

Les noms de Michael Jordan, Magic Johnson, Larry Bird et Charles Barkley demeurent familiers chez les fans vingt ans plus tard. Leur taux de reconnaissance dans la culture populaire reste très élevé. Ce n’est pas seulement parce qu’un membre très glamour de la « Dream Team » se trouve maintenant en tête d’affiche sur les plateaux télé et a en partie incité Danger Mouse et Cee Lo Green à baptiser leur duo de hip-hop Gnarls Barkley ; ou parce que Magic Johnson (Red Hot Chili Peppers et Kanye West), Scottie Pippen (Jay-Z), Karl Malone (The Transplants) et Michael Jordan (impossible de dénombrer les références) ont été les sujets de chansons. Notons ce fait : le nom de John Stockton, un meneur très sobre, très mesuré, figure sur une piste de 2011 du rappeur de Brooklyn Nemo Achida et le jeu vidéo très populaire NBA 2K12 affichait Jordan, Magic et Bird sur la couverture de son emballage. Pas les joueurs au sommet à ce moment-là, tels que LeBron James, Dirk Nowitzki ou Derrick Rose.

Les anciens de la « Dream Team » ne sont jamais éloignés de l’actualité, même de l’actualité criminelle. Il y a peu, un individu condamné pour viol et qui avait un tatouage du logo de Jordan « Jumpman » sur le front a décrit dans une interview sa course-poursuite avec les forces de l’ordre de la manière suivante : « J’étais comme Michael Jordan, mon gars. Je volais ! » Un voleur à main armée a demandé que sa peine soit portée de 30 à 33 ans en hommage au numéro de Larry Bird…

Et pourtant, l’ensemble des écrits sur cette équipe et cette époque n’est pas si énorme. Tels des dinosaures, les « Dreamers » ont foulé le sol de la Terre avant l’ère des réseaux sociaux. Au-delà des anecdotes journalistiques, il n’existe aucun récit détaillé, au quotidien, de leurs activités basket (« Bird a effectué une séance de tirs aujourd’hui mais il souffre du dos »), pas plus qu’il n’existe de traces écrites relatant des rencontres insolites au cœur de Barcelone (« Dingue, suis tombé sur Ch. Barkley au bar & il ma fé 1 bisou sur la joue ; l’é pa si gros q’ça LOL »). L’essentiel de cette aventure reste à découvrir à la lumière de l’histoire.

Il ne fait aucun doute que la « Dream Team », tout comme la jolie pépée rouquine qu’on a rencontrée il y a des années dans un pub de Dublin, a bien meilleure mine dans le doux flou de la nostalgie. « Aujourd’hui, c’est la Dream Team d’une mémoire bénie, dit l’ex commissioner de la NBA David Stern (4.) C’était une bande de saltimbanques révolutionnaires partant en guerre. On oublie Charles bousculant un Angolais, Michael et les autres masquant leurs logos, les grincements de dents façon “Pourquoi envoyons-nous cette équipe ? Vous voulez juste humilier les autres pays.” Avec les années est venue la béatification. »

Rien de cela n’est oublié dans ces pages, Monsieur Stern. La « Dream Team » s’est forgée au sein de conflits athlétiques et bureaucratiques. Elle a été touchée par la dramaturgie et la controverse à son retour, après une campagne olympique teintée d’un léger romantisme. Tout cela fait partie de l’aventure. Ce livre offre en fait une vision globale sur toute cette génération, en grande partie parce que les membres de la « Dream Team » ont été les personnages centraux d’une pièce captivante qui s’est jouée dans le basket pro du milieu des années 1980 au début des années 1990. Un âge d’or de la NBA qui s’est achevé lorsque le conte de fées de la « Dream Team » a lui-même pris fin, en août 1992.

Ce récit suit grosso modo la chronologie. Il m’a semblé crucial de donner une description des joueurs avant leur participation à la « Dream Team » – Michael Jordan, le jeune héros des Jeux de Los Angeles en 1984, Scottie Pippen, le novice se battant pour gagner sa place auprès d’un coéquipier infiniment plus célèbre que lui aux Chicago Bulls, Charles Barkley, le jeune loup débridé, et bien sûr la rivalité entre Magic Johnson et Larry Bird dans les années 1980.

Et puis le processus de sélection – comment cette équipe a été montée – est d’une certaine façon plus captivant que les matches eux- mêmes. C’était de la cuisine politique, une sorte d’élection pour les primaires à l’américaine sans les cotillons et les pom-pom girls. Une course d’obstacles dans laquelle les coups de poignard dans le dos ainsi que les rivalités, passées et en cours, ont chacun joué leur part.

Mais il était aussi important de donner un aperçu des joueurs tels qu’ils sont aujourd’hui, certains dans leur ville natale (Phoenix, Houston, San Antonio, Spokane), d’autres sur le lieu de leurs activités professionnelles (Charlotte et Orlando). Ces éléments apparaissent en tant qu’« interludes ». Ainsi y a-t-il des arrêts et des reprises dans ce récit, qui prend plus l’allure yo-yo d’un dribble de Magic Johnson que celle bulldozer de Charles Barkley.

Comme chacun de nous, ils ont rencontré des échecs dans leurs vies, certains en tant que pères ou maris, d’autres en tant que coaches, general managers ou hommes d’affaires. Mais d’un point de vue basket, ils ont tutoyé la perfection. Au regard de l’histoire, ils ont constitué la plus grande équipe de tous les temps et de si loin, d’après le general manager des Dallas Mavericks Donnie Nelson, qui a coaché contre eux aux Jeux, « (qu’il) ne (peut) même pas imaginer qui prendrait la deuxième place ».

Le meilleur baromètre pour se représenter la place de cette équipe dans l’histoire, ce sont les mots d’un de ses membres les plus éminents, un homme qui a gagné cinq titres NBA, trois titres de MVP, un titre NCAA et un nombre incalculable de concours de popularité. « Pour moi, la « Dream Team » est à la première place de tout ce que j’ai fait en basket, a dit Magic Johnson, parce qu’il n’y aura jamais une autre équipe comme celle-là. Cela ne se peut pas. »

 

PROLOGUE

Barcelone, 1992

Je savais depuis le début que c’était une mauvaise idée. Je jure que c’est vrai. Mais David Dupree, mon ami et collègue à « USA Today », était au taquet. « On a couvert la Dream Team depuis le début, me disait-il. On devrait se faire prendre en photo avec eux. C’est simple. C’est un truc qu’on gardera en souvenir. »

Prendre une photo avec des athlètes célèbres semblait être la dernière chose que David pouvait me suggérer. Mais l’ambiance de l’époque était dans une telle effervescence que l’expression « Dream Team » courait sur les lèvres du monde entier et pas seulement dans le monde du sport. Les hélicoptères illuminaient comme des lucioles le ciel espagnol vierge de nuages pour protéger des joueurs multimillionnaires. Des snipers campaient sur le toit de leurs hôtels à Barcelone pour dissuader d’éventuels assassins voulant entrer dans les livres d’histoire. Et des fans en délire s’agglutinaient jour et nuit pour entrapercevoir ne serait-ce qu’un soupçon de ces douze Américains qui s’apprêtaient à réécrire l’histoire et à tout dévaster dans leur conquête de la médaille d’or.

« J’en parlerai à Magic », nous a répondu Karl Malone quand nous avons posé la question de la photo au « Mailman » (5). Karl, David et moi dînions à Barcelone. Les autres clients n’avaient d’yeux que pour nous ; que pour Malone, en fait. J’étais allé dans ce restaurant sur la recommandation d’un ami – c’était avant Internet et ses nombreux guides gastronomiques en ligne, dont le Zagat – et cela s’était avéré être un mauvais choix. Ils nous ont servi des œufs de caille à l’apéritif.

« J’mange pas d’ce truc-là, mon gars », lança Malone, un gars de la campagne originaire de Louisiane et qui ne se privait jamais de vous le rappeler.

– Moi non plus, ai-je protesté. Est-ce que j’ai l’air d’un gars qui mange des œufs de caille ?

– Je ne sais pas ce que vous mangez, vous, les Blancs », dit Malone en envoyant un clin d’œil à Dupree, Afro-américain lui aussi.

Quand nous avons terminé, Karl a promis de s’occuper de la photo et de nous informer des suites. « Je vois ça avec Magic, nous dit-il. C’est lui le capitaine. »

Il n’y avait pas de meilleure preuve que l’acceptation sans réserve par Malone du rôle de Magic en tant que capitaine et maître du protocole pour démontrer que la « Dream Team » était devenue une grande famille, unie et heureuse. Malone n’avait jamais été un grand fan de Magic et quelques mois plus tard seulement, le « Mailman » demanderait ouvertement si Magic devait être autorisé à jouer en ayant le virus du SIDA. Plusieurs fois, pendant ce glorieux été 1992, Malone en a eu ras-le-bol des commentaires incessants de Magic, le porte-parole désigné, un homme qui, comme l’a dit Scottie Pippen, « a toujours besoin du micro ». Et Malone n’était pas le seul.

Les jours ont passé, les États-Unis ont enquillé les victoires faciles. Barcelone et le monde entier ont continué de regarder le spectacle béats d’admiration et l’équipe a continué de baigner dans cette marinade grisante d’adulation, de testostérone et de victoires de 40 points. Nous n’avons plus entendu parler de la photo. Le sujet est revenu sur le tapis une heure et demie avant que la « Dream Team » dispute la finale contre la Croatie, le 8 août.

« Maintenant ? ai-je demandé à Brian McIntyre, l’excellent et très sympathique directeur des relations publiques de la NBA. Mais nom de Dieu, ils vont jouer pour la médaille d’or ! » Brian nous a toutefois escortés, David et moi, dans l’espace réservé aux membres de l’équipe et qui menait au vestiaire le plus prestigieux du monde, juste au moment où la « Dream Team » s’avançait pour investir le parquet.

« Let’s go ! Let’s get it done ! Let’s take it to ’em ! » (6)

Je ne pouvais pas distinguer les voix mais il y a eu une grande clameur et de nombreux claquements de mains qui laissaient supposer que la Croatie s’apprêtait à affronter un océan de douleur, ce qu’elle a effectivement fait. Soudain, Magic a interrompu la procession de sorte que – j’en suis encore tout ému en l’écrivant – Dupree et moi puissions être photographiés avec l’équipe. C’était comme un détachement de soldats s’apprêtant à livrer bataille et se faisant arrêter en chemin pour partager des petits fours avec Claire Chazal. Il y eut plusieurs marques de confusion, du style « C’est quoi, ce bordel ? », mais l’équipe s’est arrêtée. Dupree et moi nous sommes glissés au premier rang et le photographe de la NBA, Andy Bernstein, s’est mis en place pour prendre la photo la moins passionnante de son illustre carrière.

Tandis que nous posions – le ventre noué, le front trempé de sueur, priant pour que ce moment dure le moins longtemps possible – j’ai entendu une voix qui venait de derrière, avec l’accent nasillard caractéristique de l’Indiana.

« Hey, Jack, plaisanta Larry Bird, tu vas nous sucer après ? »

Si vous me permettez de rebondir de façon métaphorique sur le verbe transitif de Bird – et qui parmi vous ne me le permettrait pas ? – c’était la bande de guerriers la plus « sucée » depuis l’armée de Sparte. En tant que membres de la « Dream Team », un par un, ils avaient accepté l’invitation à devenir les premiers joueurs de NBA à participer aux Jeux olympiques. Ils avaient compris qu’ils signaient pour quelque chose de spécial. Et depuis le premier moment où ils s’étaient retrouvés à l’entraînement, le 21 juin 1992 à San Diego, ils avaient été les acteurs principaux d’un spectacle sans précédent. Un public en adoration et des médias qui ne l’étaient pas moins leur accordaient une attention qui ne peut être définie que comme « pornographique ». C’est devenu un tel lieu commun de les décrire comme des rock stars que ce ne serait pas même suffisant, même si je suppose que c’est ce que je viens de faire. Il y avait eu Mick Jagger se pavanant dans une limousine décapotée, la princesse Diana minaudant de son plus beau sourire au concert d’Elton John, Liz Taylor envoyant un baiser à Michael Jackson lors d’un gala de bienfaisance contre le SIDA. Au moment où la « Dream Team » est arrivée à Barcelone, des milliers de personnes étaient là juste pour voir son avion se poser au crépuscule sur l’aéroport de Barcelone-El Prat. Ils savaient qu’ils étaient en marche vers l’immortalité. Et pas dans une note de bas de page de l’histoire du sport mais dans un chapitre tout entier.

Un problème d’emploi du temps – qui s’est révélé salvateur – m’avait projeté au cœur de tout ça. De 1981 à 1985, j’avais été une sorte de chroniqueur libre à « Sports Illustrated », plutôt dans l’ombre, en tant que deuxième, troisième, voire quatrième option sur le football et le basket pros et universitaires, la boxe, le baseball et l’athlétisme. Durant l’hiver 1982, j’ai écrit huit articles sur huit sports différents en huit semaines. L’un d’entre eux concernait les championnats du monde de squash organisés à New York, au Yale Club. Je n’y avais pas accès, à moins de porter une veste et une cravate.

Je ne suis pas en train de dire que cela équivaut à crapahuter dans les rizières et à s’acharner contre les sangsues pour couvrir la guerre du Viêt Nam, comme l’a fait un temps feu David Halberstam avant de devenir chroniqueur NBA à un niveau beaucoup plus élevé que le mien. Cela revient tout simplement à dire qu’à l’époque, j’étais en recherche de stabilité. Et je l’ai trouvée à l’automne 1985, quand le rédacteur en chef Mark Mulvoy m’a placé en numéro un sur le créneau NBA.

Le petit secret honteux du journalisme (peut-être que ce n’est pas un secret) est que vous êtes seulement aussi bon que votre matériau et bon Dieu, j’ai été parachuté dans une vallée où la source était si riche et si fertile que seul le dernier des baltringues aurait pu faire capoter une telle opportunité. Sous les ordres de Mulvoy, « Sports Illustrated » a largement été un magazine d’hommes de premier plan – c’est-à-dire que nous écrivions sur les gagneurs et que nous mettions les gagneurs en couverture. Dans les années qui ont précédé Barcelone, j’ai écrit des dizaines et des dizaines d’articles sur ces gars qui – nous en étions déjà conscients à l’époque – étaient en train d’établir une sorte d’âge d’or du basket professionnel.

A suivre…

1. Turner Network Television. 

2. Le H.O.R.S.E. est un jeu d’adresse. Deux joueurs sont opposés et tirent chacun son tour d’un même endroit, cet endroit pouvant changer après que les deux joueurs ont tiré. Celui qui rate, tandis que l’autre réussit, prend une lettre du mot H.O.R.S.E. Le premier à avoir toutes les lettres a perdu. 

3. En référence au couple glamour formé par Harry Styles et Louis Tomlinson, surnommé Larry Stylinson. 

4. Remplacé par Adam Silver le 1er février 2014. 

5. « The Mailman », le Facteur, est le surnom de Karl Malone. 

6. « On y va ! On va l’faire ! On va se les bouffer ! »

– Jack McCallum, « Dream Team », éditions Talent Sport, sorti le 8 juin 2016, 396 pages, 22 euros et 13,99 en format numérique (Kindle)