Œillades, crachats et autre Castagne

Les Carnets du basketteur, saison 2! En près de quarante ans de carrière, Michel Christiane a accumulé une kyrielle de souvenirs et d’anecdotes. De Fond-de-Forêt à Barcelone. Dans cette chronique, notre sémillant journaliste rebondit sur « l’affaire Lasisi » pour évoquer les liens entre joueurs, coachs et arbitres. Attention, ça pique!

Après s’être fait virer de Limburg United pour quelques « débordements de tendresse » en coulisses, Lasisi se retrouve sur la touche à Ostende, cette fois, pour avoir expédié au sol un arbitre. Suspendu jusqu’en fin de saison, il s’en sort à très bon compte. A la plus grande joie de Dario Gjergja qui, à Anvers, n’a pas hésité à étreinte copieusement l’agresseur du Country Hall. Est-ce digne d’un coach fédéral ? Quoi qu’il en soit, l’incident du Sart Tilman m’a fait songer à certaines situations tendues dont j’ai été un des témoins privilégiés…

Harsin, vous connaissez ? C’est un tout petit village de la province de Luxembourg qui a accédé à la 4e Nationale l’espace d’une saison. Ce club avait trouvé refuge dans la salle de Nassogne où nous nous étions déplacés avec Esneux à la fin des années ’70. Le match avait été serré jusqu’au bout, mais nous avions fini par l’emporter grâce – il faut l’avouer – à l’appui inattendu d’un des arbitres. Au coup de sifflet final, les « Luxos » n’admettaient pas son attitude et voulaient manifestement le lui faire comprendre. Avec mes équipiers, nous n’avions eu le temps que de loger le petit ref hennuyer derrière la table et de nous disposer en arc de cercle autour de celle-ci… en attendant l’arrivée de la gendarmerie de l’époque. Sûr que Mr Squatzerio se souvient encore de son périple campagnard…

A propos de table de marque, certains d’entre vous se rappelleront que la tribune de presse de Pepinster a été momentanément dressée juste derrière les officiels : marqueur, chronométreurs et speaker de service. Quelques semaines auparavant, j’avais mis en exergue l’arbitrage interpellant de Vincent Delestrée. Et c’est lui qui siffle, un peu plus tard, une rencontre au Paire que je couvre pour la DH. Pendant le duel, j’observe qu’il me lance des œillades pas vraiment sympathiques. « On the buzzer », il se rue dans ma direction etéructe, le regard noir : « Disons que je siffle aussi mal que vous écrivez, OK ? »

On reste à Pepin avec cette anecdote ( ?) chère au regretté Pierrot Raskin : « Début septembre ‘74, nous reprenons le championnat à Notre-Dame Herstal. Nous alignons un nouvel Américain, l’inénarrable Doug Tate. Quand nous débarquons en bord de Meuse, un « comité d’accueil » distribue, à l’initiative du président local, des tracts se résumant à ces mots : « US Go Home ». Sur une phase jeu, notre renfort se fait cracher dessus par un adversaire qui encaisse illico un uppercut de notre géant. Et, comme de bien entendu, les arbitres ont tout vu de la seconde faute, mais rien de la première. D’où une lourde suspension pour notre Ricain. » Dans ce contexte, je me souviens qu’avec Esneux (toujours), nous avions été affrontés St-Jo Chênée. Tout au long de la confrontation, le pauvre Fred Lynn s’était, lui aussi, fait cracher dessus par les Collégiens. Bien évidemment sans réaction arbitrale. Eh non, les Chênéens n’étaient pas tous de doux poètes… malgré les apparences.

Pendant des années, rallier les installations du Luxair Arlon s’est avéré cauchemardesque. D’une part, on y jouait le dimanche dès 10 heures du matin et, de l’autre, leur raquette était la chasse gardée d’un mastodonte débonnaire. Aussi fort en gueule qu’en coups vicelards et autres arguments sonnants et trébuchants. A peu de choses près, il était aussi habitué du conseil de discipline que de la buvette luxembourgeoise. J’ai d’ailleurs appris récemment qu’il était décédé en janvier 2015 à 68 ans. J’allais l’oublier, il s’agissait du mémorable Guy… Castagne. Preuve qu’il y a parfois des noms prédestinés.

Michel CHRISTIANE