La Slovaquie : sa campagne enneigée, le député Kropilak et les jambes d’Irina

Les Carnets du basketteur

 

En près de quarante ans de carrière, Michel Christiane a accumulé une kyrielle de souvenirs et d’anecdotes. De Fond-de-Forêt à Barcelone. Régulièrement, pour Liège & Basketball, il vous proposera un billet dont le seul but sera de vous faire sourire et de permettre aux plus jeunes de découvrir « le basket du siècle dernier » …

 

Au milieu des années 90, l’équipe nationale belge se déplace en Slovaquie pour un match qualificatif à l’Euro. Un duel assez particulier quand on sait que le pays n’existe (après sa séparation avec la Tchéquie) que depuis 1992 et la fédération de basket, un an plus tard. Je suis d’un voyage aboutissant, dans un premier temps, à Vienne. Nous atterrissons un dimanche de décembre dans la matinée alors que le car prévu pour notre « destination finale » n’est programmé qu’en début de soirée. Les responsables fédéraux ont l’excellente idée de nous inviter à manger dans les splendides caves de l’hôtel de ville de la capitale autrichienne. Repas qui sera d’ailleurs suivi par une promenade digestive à l’imposant marché de Noël du cru. On embarque enfin dans le bus et traversons Bratislava sous des rafales de neige redoublant de vigueur. La route, de plus en plus longue et blanche, nous amène dans un établissement au milieu de nulle part. Il faut savoir qu’il est géré par Stanislav Kropilak (3 médailles européennes, 4 sélections européennes, élu joueur slovaque du XXe siècle) qui a fini carrière sportive en transitant notamment par Fleurus, Charleroi et Gilly… avant d’être député dans son pays d’origine.

En pénétrant dans la chambre, nous sommes assaillis par un froid glacial. Et pour cause puisque le chauffage est en panne et qu’un carreau est cassé. Nous colmatons la brèche, tant bien que mal, avec un morceau de carton. Direction la… direction à laquelle nous expliquons la situation et elle nous assure que tout sera en ordre dès le lendemain. Quatre nuits plus tard, les radiateurs étaient toujours aux abonnés absents et le bout de carton encore en place…

C’est l’époque où les premiers ordinateurs portables font leur apparition. Mes collègues exhibent fièrement leur nouvelle acquisition. Moi, je me contente d’un vieux Tandy ayant quasiment traversé les deux guerres mondiales. Au moment de transmettre les textes aux rédactions, une prise téléphonique est indispensable. Il n’y en a pas dans les chambres, l’unique de l’hôtel se trouve à la réception. Une file de « journaleux » se forme et ceux-ci deviennent de plus en plus nerveux car rien ne passe. Arrive mon tour et, avec mon ancestrale « bécane », je transmets mes papiers sans le moindre problème. Résultat des courses, le reste de la presse belge a été tout heureuse d’avoir recours à un Tandy qui, tout d’un coup, suscitait beaucoup moins de moquerie…

Arrive le dernier jour et le moment de régler nos notes respectives. Chacun tente de s’exprimer dans un anglais souvent approximatif. Ce qui ne va donc pas sans mal quand nous arrivons au guichet où trône Irina, une hôtesse très courtement vêtue. A mes côtés, Pablo Debatty, l’ancien journaliste de La Meuse, qui, certain qu’elle ne pipera pas le moindre mot, s’écrie : « Elle n’est peut-être pas très rapide, mais qu’est-ce qu’elle a de belles jambes ! » La réponse de notre interlocutrice est immédiate : « Ah, vous trouvez : je vous remercie. » Le tout dans un français impeccable. Vous imaginez aisément la tronche des deux couillons de service partagés entre gêne extérieure et fou rire intérieur. « En réalité, j’ai fait mes études d’hôtellerie, pendant quatre ans, à Paris », précisera-t-elle sûre de son petit effet…

 

Michel CHRISTIANE